François Pernel

Longtemps, je n'ai ressemblé à rien, longtemps. Ressemblé à rien d'identifiable. Difficile à ranger, difficile à étiqueter, difficile à placer... Mais au fond, Pernel, qu'est ce qu'il fait ? Je me suis « éparpillé ». De la rue aux cathédrales, des concerts intimes aux grandes scènes ; la harpe à la main, en écharpe, en sac à main, en banderole, en carte d'identité... Des mariages aux enterrements, de la musique lyrique au jazz rock, empli de cette joie d'enfant, cette joie d'enfance, ces découragements d'enfant aussi, cette envie de jeter la harpe par la fenêtre et les fenêtres toujours trop étroites pour laisser passer cette harpe, avec tous ses ponts vers d'autre langages, d'autres couleurs et d'autres mondes.

Ce qui hier me causait préjudice semble aujourd'hui être la raison même pour laquelle je suis remarqué et choisi. Ça ne sera pas tout à fait classique, ni tout à fait celtique, ni tout à fait moderne, ni tout à fait répétitif, pas complètement modal non plus, pas harpistique bien souvent... ou autrement harpistique, « autre chose », chemins de traverse... Ce sera - avec vous - sensible et jamais deux fois similaire.

Fascination toujours et partout pour cet instrument. C'est notre chance à nous, harpistes, mais aussi notre piège. Un instrument qu'il suffit de sortir de sa boite, pour récolter l'attention et le succès. C'est notre piège, car il faut en sortir, de l'arpège, du glissando, des résonances à tire-larigot, des chevelures de fée et des longues robes sous un visage évanescent. Toutes ces images et ces coups de baguette magique qui masquent l'entrée du chemin : la quête du son, de l'harmonie, de la dissonance, du rythme.